Je ne suis pas une grammar nazi

Durée de lecture : 6 minutes

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Préambule

Évoquer le nazisme dans le premier billet d’un blog, bonne ou mauvaise idée ? J’ai décidé de mener une rapide enquête et deux tendances se sont détachées :

  • La #teamfamille : « Oh ben non, le nazisme, c’est mal, tu te rends compte, l’image que tu vas véhiculer, tes clients vont te lire, quand même… »
  • La #teamconsœur : « Vas-y, fonce ! »

Afin de poser ce texte sur les saines bases de l’enrichissement culturel, je tiens donc à mettre à plat, en avant-propos (même si c’est très mauvais pour mon référencement… qui, je dois l’avouer, n’est pas ma priorité aujourd’hui), le fait que :

  • oui, le nazisme c’est (le) mal ;
  • oui, j’ai le plus grand respect pour les victimes du nazisme et leurs familles ;
  • non, je ne minimise pas les méfaits du nazisme ;
  • oui, on peut parler de nazisme dès le titre d’un article, en atteignant le point Godwin avant même d’avoir commencé à discuter.

Grammar Nazi flag drapeau

« Ouais, mais toi, aussi, t’es une vraie grammar nazi ! »

Passons, donc, sur le fait que je pourrais prendre cette phrase, que j’ai souvent entendue pour me signifier que j’étais bien trop à cheval sur la langue française, comme une épouvantable insulte. J’ai décidé d’utiliser ce premier article pour rétablir la vérité. Après de nombreuses recherches, je peux aujourd’hui le crier haut et fort : « Non, je ne suis pas une grammar nazi ! » Et je vous explique pourquoi.

Grammar nazi : la genèse

Cela ne vous a pas échappé, l’expression « grammar nazi » est empruntée à la langue anglaise. C’est en effet dans un groupe de discussion anglophone, consacré à Apple, que semble être apparue sa première occurrence en ligne, le 18 janvier 1991.

grammar nazi origin

L’auteur, après avoir corrigé la faute d’orthographe d’un utilisateur, assène :

« I’m a card carrying member of the Spelling and Grammar Nazis of America. »

(« J’ai la carte de membre des nazis américains de l’orthographe et de la grammaire »).

Grammar nazi, c’est violent comme terme, non ?

Bien entendu, ici, le mot « nazi » est utilisé de façon hyperbolique : autoritaire, autocratique, inflexible et désobligeant. J’ai eu l’occasion de lire plusieurs fois, sur des groupes d’échange entre rédacteurs web, des discussions sur le thème : « On ne pourrait pas trouver une autre appellation, quand même ? Nazi, c’est violent… » (cœur cœur).

Oui. Mais non. Car ce serait, à mon avis, dénaturer l’essence même de cette locution. Si je suis plutôt adepte de l’« ancienne école » en matière d’orthographe et de grammaire (#jesuisaccentcirconflexe #lagraphierectifiéenepasserapasparmoi), je considère que (même) les néologismes ont droit au respect. Et ce n’est pas l’urban dictionary qui me contredira.

Alors pourquoi cette appellation est plus choquante en français qu’elle ne semble l’être en anglais ? Il s’avère que l’utilisation hyperbolique du terme « nazi » pour désigner une personne qui tente d’imposer son point de vue n’est pas officiellement reconnue dans les ouvrages de référence français. Elle l’est dans le très respectable Oxford English Dictionary et sa manifestation la plus ancienne pourrait remonter aux années 50. Notez qu’il existe de nombreuses variantes de la construction « X nazi », qui n’ont rien à voir avec la linguistique : « fitness nazi », « vegan nazi », « fashion nazi », « food nazi »…

Il n’est en revanche fait aucune mention de cet usage hyperbolique dans notre bon vieux Larousse, ni même dans le bien plus exhaustif Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. Ces deux sources se contentent de la définition plus terre à terre « qui appartient au national-socialisme », et de ses variations, sans jamais évoquer le moindre sens figuré. Le sujet est sans aucun doute plus proche, plus intime et donc plus sensible de ce côté de l’Atlantique (et de la Manche), mais ça n’est pas le propos aujourd’hui.

Non seulement grammar nazi n’a pas d’équivalent « politiquement correct » qui respecte intégralement son sens initial, mais il n’a pas non plus de traduction qui ne le dénaturerait pas.

Alors, c’est quoi exactement un grammar nazi ?

La base de données des néologismes de l’université de Rice (Houston, Texas) donne la définition suivante en 2011 :

« Someone who is extremely obsessed with criticizing or correcting other people’s grammar. The person’s tendency is irritating and often unnecessary, such as in casual conversation. »

(« Quelqu’un qui est extrêmement obsédé par la critique ou la correction de la grammaire des autres. La prédisposition de la personne est irritante et souvent inutile, comme dans les conversations informelles. »)

S’il fallait absolument que l’expression ait une traduction, ce serait « nazi de la grammaire », ou, peut-être, « ayatollah de la grammaire ». En réalité, le concept est un peu plus large et plus nuancé. Le grammar nazi n’est pas seulement à cheval sur la grammaire, il l’est également sur l’orthographe. Et, surtout, il tient à ce que ça se sache.

Grammar nazi devant son écran

Pourquoi je ne suis pas une grammar nazi

Maintenant que vous connaissez tout (ou presque) sur le sens et l’origine de l’expression, voici les 3 points essentiels qui me différencient du grammar nazi :

  • je ne suis pas « extrêmement obsédé[e] par la critique ou la correction de la grammaire des autres ». Non, je ne signale pas aux gens qu’ils commettent des fautes de français (sauf si cela peut être une sorte de « fun fact », spéciale dédicace à Yannick et son espace – article à venir) ;
  • non, sérieusement, je ne leur signale VRAIMENT pas… sauf s’ils me le demandent (et là je me délecte) ;
  • je ne suis pas seulement intransigeante sur la grammaire, mais également sur l’orthographe, la syntaxe, la ponctuation, la typographie, la sémantique… et même la prononciation. Je reconnais que ce point pourrait ne pas jouer en ma faveur, mais puisqu’il faut appeler un chat un chat, le fait est qu’il va bien au-delà du sens admis de l’expression. CQFD.

Je sais, cela ne fait que 2 points. Mais je sais aussi que le premier point est vraiment crucial, rendant les 2 autres presque décoratifs. Si je me mettais à signaler toutes les fautes que je peux lire sur mon écran, je vous assure que vous verriez combien il est finalement LE point qui change tout.

En outre, je dois avouer que se proclamer grammar nazi n’a rien de « cool ». Vraiment. Disruptif, au maximum. Personnellement je n’en tirerais aucune gloriole. Enfin, si j’étais fière d’être une grammar nazi, je m’exposerais à ne plus pouvoir — jamais — laisser passer la plus petite erreur de frappe ou d’inattention. La plus grosse erreur non plus. Et croyez-moi, il m’arrive d’en faire. Vous en trouverez peut-être même dans ce texte… Dans ce cas, je vous en prie, faites-vous plaisir en commentaire, je saurai être forte.

[Je pense que j’aurais plutôt dû placer ici mon score au certificat Voltaire et vous assurer que je suis apte à relire et corriger tous les écrits de votre entreprise. J’ai peut-être manqué une occasion marketing.]

Je ne suis pas une grammar nazi : les preuves

Je vois bien que certains, au fond, près du radiateur, ne sont pas convaincus. S’ils ont lu jusqu’ici, ils apprécieront sans doute la démonstration par l’exemple, à savoir que non, je ne reprends pas les internautes que je vois écrire :

  • « sa va ? » ;
  • « je ne l’ai pas acheter » (et toutes ses variantes) ;
  • « bonne anniversaire » ;
  • « comme même » ;
  • « c’est juste génial » ;
  • « pallier à ce problème » ;
  • « je ne suis pas prête d’y arriver » ;
  • « des fois ».

Vous l’avez sans doute compris, la liste est longue et loin d’être exhaustive. Elle fera, en partie, l’objet de ce blog. Si vous ne voyez aucune faute de français dans certains de ces points, vous êtes au bon endroit ! Abonnez-vous à la newsletter, pour être sûr de ne rater aucun billet.

Attention, tout de même, « je ne reprends pas les internautes » signifie en réalité « je ne reprends pas les internautes qui ne m’ont pas demandé de le faire ». Évidemment, lorsque je reçois une commande de correction, je reprends tout cela et même plus. [Je pense que j’ai rattrapé ma petite boulette marketing.]

Et, s’il en fallait, la preuve ultime :

  • je ne me reprends pas moi-même quand je dis « donc, du coup », malgré les remontrances répétitives de l’une ou l’autre de mes filles : « Si je peux me permettre, “donc, du coup”, c’est un pléonasme ».

Je suis tellement fière d’elles.

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14 commentaires

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Cloé · 19 décembre 2019 à 22 h 52 min

“des groupes d’échange entre rédacteurs web, des discussions sur le thème : « On ne pourrait pas trouver une autre appellation, quand même ? Nazi, c’est violent… » (cœur cœur).”
Ton [cœur cœur] m’a tuer !
Avis aux vrais Grammar Nazi : oui, c’était intentionnel, bisous.

    Pascale

    Pascale · 19 décembre 2019 à 22 h 55 min

    Avec plaisir 😁
    Et merci pour ton commentaire 😉

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Marie-Claude · 20 décembre 2019 à 8 h 17 min

Bravo pour cette approche originale !

    Pascale

    Pascale · 20 décembre 2019 à 10 h 18 min

    Merci, c’est encourageant ! 😊

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Namour18 · 20 décembre 2019 à 8 h 50 min

Allez j’ose! Chépackivouzet mais j adore ton pashmina!
( sinon dans la liste y a un ou deux ou chépaouçonléfot)😘

    Pascale

    Pascale · 20 décembre 2019 à 10 h 16 min

    😂 Merci ma vieille !
    Abonne-toi, peut-être qu’il y aura un article sur ouçonléfot ! 😁

    Avatar

    KRYSTEL BOUYSSOU · 22 décembre 2019 à 22 h 56 min

    Ayé cfé! Bizz

      Pascale

      Pascale · 24 décembre 2019 à 18 h 39 min

      Youhouh, bientôt plus aucune faute ne t’échappera à toi non plus ! 😀

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Émilie · 20 décembre 2019 à 9 h 36 min

Moi, au fond, près du radiateur bien chaud… Je suis aussi très fière de toi ! Trop la classe ma copine avec son certificat Voltaire mais qui sait rester très indulgente “comme même” (cœur cœur) avec les copines qui font d’énormes fautes de français !

    Pascale

    Pascale · 20 décembre 2019 à 10 h 14 min

    Merci Émilie jolie 😘

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Nader · 23 décembre 2019 à 8 h 34 min

Merci pour cet article très intéressant Pascale 🤓
Biz

    Pascale

    Pascale · 23 décembre 2019 à 11 h 30 min

    Merci à toi pour ta visite ! 😉

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Vero · 31 décembre 2019 à 7 h 54 min

Je me suis régalée merci
Et merci gwenaelle rédactrice pour le partage de cet article

    Pascale

    Pascale · 31 décembre 2019 à 11 h 32 min

    Avec plaisir vero 🙂
    Et merci à Gwénaëlle, donc 🙂

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